Lettre  à  un  ami   :   devenir   humain   dans   l’écologie   du   vivant    

Que deviennent l’homme et son environnement vital, dans une raison humaine aussi dévastatrice que celle prévalant aujourd’hui sur le monde ? 

Quelles tonalités du vivant l’écoute sélective d’une telle raison laisse-t-elle entendre de l’immense symphonie du vivant ?

Dans son au-delà bruissent les paroles du brin d’herbe disant que l’espèce la plus menacée de la planète est la nôtre.

Dans ce conditionnel, sommes-nous encore réceptifs à l’invitation du vent caressant les grandes prairies des hautes herbes et de nous émerveiller du vol silencieux des oiseaux traversant les frontières multiples que la raison a dessinées dans l’esprit des hommes ?

Un brin d’écoute élèverait notre vue au-dessus de l’horizon fermé des cités. C’est peu de choses dans le quotidien, mais ce peu de choses libèrerait l’amour prisonnier des rues et laisserait entendre le cri du droit d’être de la création rapportée par les forêts, les océans, les mammifères et les montagnes …

Nous sommes devenus esclaves d’une culture de la gravitation, faisant plonger notre regard sur les pages encrées des préoccupations futiles, de réglementations envahissantes, d’aliénation à la lucarne de nos petits écrans de réalités virtuelles. Tout en surface d’une conscience sans profondeur, l’humanité n’a pas cessé de creuser profond dans les ressources naturelles. La terre est fatiguée des extractions abusives, la fine couche d’atmosphère est saturée de l’industrialisation, la pêche à outrance a vidé les mers et les océans et l’on a fait tout ça sans dire merci, sans penser à demain, celui de nos enfants et celui des autres créatures.  
La poésie n’est pas assez sérieuse pour satisfaire aux actuels besoins matériels humains. L’homme y devient même encombrant.

L’écologie est définie par :
« L’étude des milieux où vivent les êtres vivants ainsi que les rapports de ces êtres entre eux et avec le milieu. Mouvement visant à un meilleur équilibre entre l’humain et son environnement naturel ainsi qu’à la protection de celui-ci. »[1]

Que reste-t-il de ce trait d’intelligence une fois passé par le filtre des valeurs sociétales actuelles et des intérêts économiques de quelques individus décérébrés, dont la puissance influe sur les pouvoirs ?

Avancer le terme de désastre écologique est à peine suffisant devant le chaos qui emprisonne le vivant. Et, tout cela vient d’un homme malade de sa raison, malade de son mode de vie somato/psycho pathogène qu’il soigne désespérément à coup de grands concepts, de protocoles, de paradigmes, de chimies, et de croyances.

Comment nous sommes-nous rendus à une humanité aussi autistique qu’elle n’entend plus d’autres paroles que celles du discours de son savoir ? 

Elle n’est pas entièrement perdue, le bon sens de l’homme peut encore inverser les choses. C’est possible, même si l’environnement culturel est normé à l’excès par une législation dictant des lois jusqu’à définir le comportement animalier aux yeux de la raison. Les enjeux sont colossaux et magistralement dichotomiques.

Le courant naturel de l’évolution fait tendre l’univers et les créatures le peuplant vers l’accomplissement de leur destin individuel autant que collectif. C’est la grande parole du temps : manifester la vie à travers le changement jusqu’à l’aboutissement d’un cycle d’existence, quelles qu’en soient la nature et la durée.

Depuis plusieurs millénaires, la pensée humaine croit comprendre et maîtriser intellectuellement ce mouvement. Aujourd’hui, elle va jusqu’à le modéliser en laboratoire, le dessiner sur papier en équations mathématiques, et détermine son champ d’application, validant et justifiant les motivations d’actions sur les choses en toute légalité. Les mythes valorisent cet esprit anthropocentrique, lorsque l’humain pense que c’est  Dieu qui aurait ordonné à l’homme de régner sur terre parce qu’il l’aurait fait à son image. Il est certain que les autres créatures terrestres n’ont pas les facultés labiales et neurales aussi développées que l’homme. Ce fait ne justifie en rien de les catégoriser dans une classe inférieure.

Quelque chose pousse la création entière vers une destinée dont personne ne sait ce qu’elle sera. Certaines sciences, comme l’astrophysique, la physique quantique, la cosmologie, vont dans ce sens. C’est une croyance de penser que l’être humain est doté d’une intelligence supérieure lui donnant le droit de s’affranchir de cette condition, et au comble, qu’il serait capable de faire mieux que la nature. Aujourd’hui, la situation nous pousse à mieux connaître la manière dont l’entendement humain se forme. Aussi, nous demande-t-elle d’observer les conflits intérieurs et les défis par lesquels l’homme passe au cours de l’éveil du sentiment d’humanité pour dépasser l’emprise anthropocentrique et égocentrique qu’il projette sur la création. Advenir à l’humain n’est pas naturel à l’homme. Il y est simplement destiné à y parvenir par l’intellection de sa perception du vivant. Sa faculté de concevoir intellectuellement les choses débouche seulement sur des réalités approximatives auxquelles le poids des croyances peut donner une orientation à la pensée ou une autre. L’ensemble de l’entendement humain est un artefact plus ou moins clair du réel. Pour l’heure, le réel n’est accessible ni à l’homme ni à son humanité. Ce le sera un jour, à la toute fin de cet univers. L’homme sera-t-il encore là pour assister à un tel avènement ? Il aura certainement fait son temps depuis longtemps, et l’expression de conscience s’y étant éveillée aura poursuivi son chemin jusqu’à atteindre cet ultime éclat de lumière.

Que veut dire : devenir humain ?

L’avenir de l’humanité est pour beaucoup dans la parole des poètes. Elle dévoile les horizons des demains, nous rapproche du réel et cherche à vivre sainement les croyances, car les poètes savent que rien ne peut se dire en « vérité ».

Comment envisager l’écologie de demain sans y ajouter le vivant ? Je n’ai pas de recettes, j’ai seulement cette invitation d’ouvrir l’esprit au large.
 

François Ledermann
Genève, le 2 janvier 2022 
[1] © 2021 Dictionnaires Le Robert – Le Petit Robert de la langue française 
La Lettre à un ami : devenir humain dans l’écologie du vivant de François Ledermann est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.  
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